Frédéric Ozanam

Frédéric Ozanam

Sa jeunesse

Antoine-Frédéric Ozanam naît le dimanche 23 avril 1813, dans une famille frappée par de nombreux décès. Sur onze enfants, seulement trois vivront. En 1815, les Ozanam s’installent à Lyon où le père trouve une charge de médecin. Frédéric reçoit une éducation chrétienne. Il accompagne régulièrement sa mère qui va porter secours à des familles dans le besoin.?Vers l’âge de quinze ans, Frédéric connaît une douloureuse période de doute et songe même au suicide. L’enseignement de son professeur de philosophie, l’abbé Noirot, le sauve. « Je crus désormais d’une foi assurée et, touché d’un bienfait si rare, je promis à Dieu de vouer mes jours au service de la vérité qui me donnait la paix. » Ce n’est pas seulement une promesse en l’air et, dès lors, le jeune homme prépare un immense ouvrage apologétique qu’il propose d’intituler « Démonstration de la vérité de la religion catholique ». Il y travailla toute sa vie.?À seize ans, Frédéric vient d’achever son baccalauréat ès lettres. Son père décide qu’il sera magistrat. Il s’incline devant cette volonté, mais n’abandonne pas son grand projet. Parallèlement au droit, il étudie l’allemand, l’hébreu, le sanscrit, s’applique à l’étude de la Bible et des Pères de l’Église. Il est d’une érudition étonnante pour son âge.?En 1831, il poursuit ses études à Paris. L’heure est à l’anticléricalisme, les intellectuels trouvent leur plaisir à ridiculiser la foi. Le christianisme est présenté comme l’ennemi de la science et de la liberté, exactement le contraire de ce que veut montrer Ozanam. Il est blessé au plus vif de sa conscience par les attaques de certains professeurs contre l’Église. Avec quelques-uns de ses condisciples, il proteste contre cette attitude et adresse des objections écrites à ses professeurs. Ozanam met toute son intelligence au service de la foi et fait sien le précepte de saint Anselme : Fides quærens intellectum (la foi requiert l’intelligence). Il a un très grand souci apostolique et veut démontrer le rôle bienfaisant de l’Église à travers l’histoire, notamment afin d’amener à Dieu ses condisciples athées.?Ce souci d’évangéliser les autres le poussera, au carême de 1833, d’organiser une pétition avec d’autres étudiants pour la création de conférences de carême à Notre Dame de Paris. L’archevêque de Paris accueillera positivement cette demande et les conférences de carême seront un grand succès. Elles seront pour lui l’occasion de se lier d’amitié avec un des orateurs, le père Henri Lacordaire qui a rétabli l’ordre dominicain en France.?Les conférences de carême subsistent encore de nos jours et sont toujours de très grands moments pour l’Église de Paris.

La création des conférences de Saint Vincent de Paul

Ozanam fréquente la « conférence d’histoire », présidée par M. Bailly. Dans une de ces réunions, c’est à la suite d’une apostrophe d’un libre-penseur saint-simonien, qui lui demanda pourquoi il s’intéressait ainsi au passé, alors qu’il y avait des pauvres à secourir, que sa vie s’orienta vers l’aide aux plus démunis. Il décida, en avril 1833, avec des amis étudiants, paroissiens comme lui de l’église Saint-Étienne-du-Mont, de fonder une petite société vouée au soulagement des pauvres, qui prit le nom de Conférence de la charité. Une plaque commémorant leurs réunions est apposée sur la façade d’un immeuble situé à gauche de l’église Saint-Sulpice, à Paris.

Par la suite, la conférence se plaça sous le patronage de saint Vincent de Paul. Il fut alors aidé dans sa tâche par sœur Rosalie Rendu, une Fille de la Charité très active dans les quartiers pauvres de Paris. M. Bailly aida la nouvelle société à s’organiser, lui prêtant notamment le bureau de son journal, la Tribune Catholique, en fut le premier président. ?Sœur Rosalie fait confiance à ces jeunes messieurs et leur donne une liste d’adresses, ainsi que quelques bons conseils. Le but de la Conférence est la sanctification de ses membres par le service des pauvres. Le Christ nous conduit aux pauvres et les pauvres nous conduisent au Christ. Modestement, humblement, Ozanam veut établir des contacts personnels d’homme à homme entre les heureux et les malheureux, les riches et les pauvres, redonnant ainsi aux misérables une dignité humaine. Le jeune étudiant se dévoue sans compter et visite des centaines de pauvres. Il laisse à d’autres la présidence et les fonctions honorifiques de la société. Ozanam a voué sa vie à la vérité et, insensiblement, elle l’a conduit à la charité. ?Les conférences de St Vincent de Paul (conférence désignant un petit groupe) ainsi rassemblées vont devenir la Société de St Vincent de Paul. Cette organisation perdure encore de nos jours et elle une des plus importantes organisations non gouvernementales au monde, car elle compte près d’un million de membres (appelés les « vincentiens »). Mouvement de laïcs catholiques, la SSVP est avant tout un mouvement spirituel, la pratique de la charité par le vincentien se faisant dans un climat de piété et de fidélité à l’Église.?La recherche de sa vocation?S’il est éclairé par sa vocation professionnelle, il n’a en revanche aucune lumière sur l’état de vie qu’il doit embrasser pour se consacrer à sa tâche : célibat dans le monde, mariage ou vie religieuse. Il songera à rejoindre les dominicains. Cette quête de sa vocation le mènera vers la prière et l’attente de la volonté de Dieu. Il a rédigé une très belle prière des célibataires qui est un modèle de manifestation de confiance en Dieu et d’attitude à tenir lors de l’attente de l’âme sœur, ou de l’appel à une vocation particulière. Sa réponse lui viendra via un ami prêtre qui lui présenta une jeune fille qu’il épouse à Lyon le 23 juin 1841. Le 24 juillet 1845, ils ont une petite fille qu’ils prénomment Marie. Leur couple sera un des plus beaux exemples de couple chrétien, leur correspondance abondante est là pour en témoigner.

La question sociale, la Démocratie Chrétienne et le rêve de 1848, ?Ozanam participe au débat de son époque sur la question sociale. Pour lui, dans le sillage de saint Vincent-de-Paul, l’amour des pauvres est d’abord un acte de charité évangélique. L’aumône n’est pas seulement une nécessité économique pour celui qui la reçoit, mais aussi une nécessité spirituelle pour celui qui la donne. Le service des plus démunis ne remplace pas la justice, mais va bien au-delà de la justice puisqu’il permet la réconciliation entre les hommes. Il est un contemporain de Karl Marx, a partagé avec lui la même analyse sur la société et a employé avant lui la formule « d’exploitation de l’homme par l’homme », mais son raisonnement est radicalement différent. Marx défend la lutte des classes, Ozanam la Fraternité universelle, Marx la dictature du prolétariat, Ozanam la civilisation de l’amour (la formule est de Jean-Paul II, mais elle décrit bien sa vision).?À la différence de Karl Marx, Ozanam n’est pas un théoricien, pourtant, dans son discours de droit commercial professé à Lyon en 1840, il élabore la future doctrine sociale de l’Église cinquante ans avant l’encyclique Rerum Novarum.?Le travailleur fait une tâche divine que seul le christianisme a reconnue et qui doit être considérée à sa juste valeur. La dignité personnelle de l’homme, reflet de son créateur, oblige à respecter le travailleur. Il réclame donc de l’employeur non seulement un salaire minimum, mais aussi des allocations familiales et une retraite. Ozanam repousse tour à tour la solution du socialisme, qu’il appelle « intervention dictatoriale du gouvernement », et la solution du libéralisme, « liberté absolue, laisser-faire », qui met l’ouvrier à la merci de l’entrepreneur.?La révolution de 1848 sera pour lui l’occasion faire une tentative pour mettre en pratique ses réflexions sociales. Il diffusa ses idées dans le journal l’Ère nouvelle, qu’il fonda avec le père Lacordaire.

Dans ce court périodique, il prendra ouvertement position pour la République, le régime de Louis-Philippe étant un échec social et les prétendants légitimes au trône (les Bourbons) restant enfermés dans une idéologie contre-révolutionnaire surannée. Mais selon lui, « la démocratie sera chrétienne, ou ne sera pas », car sans l’humanisme chrétien, la démocratie risquerait de sombrer dans la pire des tyrannies (thèse confirmée un siècle après avec l’exemple des « démocraties populaires » des pays communistes). Cette idée fait de lui le précurseur de la grande famille de pensée politique Démocrate-Chrétienne. Le fondateur de la Démocratie Chrétienne italienne du début du XXe siècle, Don Luigi Sturzo, ira jusqu’à se réclamer de lui. Et bien d’autres leaders démocrates-chrétiens européens feront de même. En regardant l’œuvre des démocrates chrétiens en Europe (la construction européenne avec Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi, la reconstruction des États européens après la guerre, etc.) la pensée d’Ozanam a été véritablement prophétique et d’une fertilité sans égal. Son message est encore d’actualité dans nos sociétés dominées par le consumérisme matérialiste.

La fin de sa vie

En 1852, Frédéric tombe à nouveau malade. Il doit quitter l’enseignement et se rend dans le sud de la France, en Italie et en Espagne pour tenter de se soigner. Il mourut à Marseille le vendredi 8 septembre1853 à l’âge de 40 ans. Sur son lit de mort, il dit avant de s’étendre : « Le Seigneur pourquoi le craindrais-je, je l’aime tant ! »?Il a été béatifié par le pape Jean-Paul II le 22 août 1997, en la cathédrale Notre-Dame de Paris, au cours des Journées mondiales de la jeunesse de Paris. Il a ainsi été présenté par le Pape comme un modèle d’engagement et de sainteté pour les jeunes du monde entier.?Le corps de Frédéric Ozanam repose dans la crypte de la chapelle des Carmes, rue de Vaugirard à Paris.

Réf. : Cathoweb.org

Le Rêve d’Ozanam se poursuit depuis bientôt 200 ans.  Avril 2013 marquera le 200e anniversaire du fondateur de la Société, Frédéric Ozanam. En amont, ici au Québec, en septembre prochain, aura lieu la quatrième édition de la semaine de la Société de Saint-Vincent de Paul. Cette année, on vise à faire connaître davantage son fondateur, plus spécialement auprès des générations X et Y.

Réf. :  Le rêve d’Ozanam.com

Clip: Frédéric Ozanam http://www.youtube.com/watch?v=bADLLR7EWgQ

Clip: Frédéric Ozanam : version longue : http://www.youtube.com/watch?v=7RBh-21i-k0

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